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Tokyo Untitled

Tokyo Untitled  est le troisième livre de Renato d’Agostin. Les 46 photographies qu’il a retenues sont le fruit de trois voyages à Tokyo dont le but, comme l’explique d’Agostin dans le court texte qui précède ceux de Eiko Hosoe et de Ralph Gibson, est de se confronter à l’inconnu géographique mais également culturel et de voir comment l’oeil photographe réagit.

Le résultat est très surprenant

 

"untitled"© Renato d'Agostin // Courtesy Galerie PHOTO4 - Paris

Isolé dans une logique urbaine inconnue, d’Agostin se perd au fil des rues dans un vaste labyrinthe. Ses images en noir et blanc, dans lesquelles aplats de noir profond se disputent au blanc aveuglant, quittent peu à peu le domaine figuratif. L’espace, les passants, la ville elle-même, mêlent leurs forment propres pour former une réalités nouvelle, toute en abstraction. Cette métamorphose des objets, qui montre combien le photographe se trouve déconnecté de la réalité de la ville dont il ignore tout, l’amène à révéler l’invisible, un peu comme au jeu le débutant parvient, à force d’innocence, à réveiller la chance.

 

"Untitled"© Renato d'Agostin // Courtesy Galerie PHOTO4 - Paris

Au-delà de l’abstraction des images née de l’impossibilité de lire la ville, c’est le temps et l’espace que Renato d’Agostin parvient à tordre. De sorte que, voyant ses images le spectateur peut se demander à quelle époque elles ont été prises. Etrange étranger, le photographe semble comme habité par l’esprit de la ville, dans le sens où il pourrait être comme possédé. Le lecteur est confronté à une dualité du regard : d’une part le « regard italien » de d’Agostin, venu certainement du néo-réalisme des années soixante rappelle par moments des travaux de cette époque tels que ceux de Federico Garolla, Franco Pinna, Mario Cattaneo, Enrico Pasquali, Toni del Tin ou encore Enzo Sellerio (mais à certains égards aussi le William Klein de Roma). D’autre part il semble qu’à mesure que le voyageur se perd, son regard lui aussi s’immerge dans cet ailleurs qu’est pour lui Tokyo. Il délivre alors une vision étonnement proche de l’esthétique du magazine Provoke créé en 1968 par Takuma Nakahira que Daido Moriyama, ancien assistant lui-même de Heiko Hosoe, à rejoint pour la parution du numéro 2.

 

"Untitled"© Renato d'Agostin // Courtesy Galerie PHOTO4 - Paris

Ce même Hosoe qui, dans sa postface, écrit que le Tokyo photographié par Renato d’Agostin lui rappelle la ville au moment des bombardements de 1945, comme si une part de celle-ci s’était brusquement trouvée happée hors de son époque pour se réfléchir une nouvelle fois sur les murs de la cité contemporaine. Se perdre pour révéler l’invisible ou encore parcourir des lieux inconnus pour en raviver le souvenir. Le Tokyo de Renato d’Agostin correspond à un lieu intime que chacun porte en soi, hors des cartes, hors du temps, que seule notre « boussole intime », pour reprendre l’expression de Ralph Gibson, désigne à notre mémoire.

Voyage au pays de nulle part, Tokyo Untitled démontre une fois encore à qui pourrait en douter l’immense pouvoir d’évocation que recèle toute photographie. Je ne résiste pas au plaisir de conclure en citant Jorge Luis Borges « Un homme se propose la tâche de dessiner le monde. A mesure que les années passent, il peuple un espace d’images de provinces, de royaumes, de montagnes, de baies, de navires, d’îles, de poissons, de chambres, d’instruments, d’astres, de chevaux et de personnes. Peu avant de mourir, il découvre que ce patient labyrinthe de lignes trace l’image de son propre visage. » (in L’auteur et autres textes).

Vincent Puente

Renato d’Agostin, Tokyo Untitled

Tirage 2000 exemplaires.

Photo 4 éditions, Paris, 2010.

24 x 33 cm. 88 pages, non paginé. Couverture toilée, imprimée sur les deux plats et le dos d’une image du livre reproduite en négatif. 46 photographies en noir et blanc.

Postface de Eiko Hosoe et Ralph Gibson.

Tirages argentiques 2009,  30x40 cm, édition de 25 à la galerie Photo4, 4 rue Bonaparte, Paris.