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D'après Nature, Jean Gaumy

38,8 x 31,8 cm. Relié pleine toile sous jaquette illustrée d’une photographie en noir et blanc, le titre et le nom de l’auteur au dos. 100 pages dont, à la fin, Histoire des hommes-creux et de la Rose-amère / Traité d’alpinisme analogique de René Daumal.

Edition trilingue Français, Anglais, Italien.

Le colophon indique qu’il existe 50 exemplaires accompagnés d’un tirage argentique au format 24 x 30 cm numérotés et signés.

Après le magistral Pleine Mer paru en 2001 chez La Martinière déjà mis en pages par Xavier Barral, Jean Gaumy, membre de l’agence Magnum depuis 1977,  Prix Nadar en 2002, et Peintre de la Marine en 2008, nous livre ici un travail inattendu, contemplatif et exigeant, en noir et blanc sur la montagne piémontaise, à la frontière entre la France et l’Italie. Il s’agit d’un travail de longue haleine, solitaire forcément, osé également car de ces images, souvent à la limite de l’abstraction, dont il est difficile parfois de déterminer l’échelle, il ressort une sourde menace, presque surnaturelle. Ces paysages arides, secs, dévastés et sauvages qui sont l’apanage de la haute montagne sont en effet porteurs d’une charge magique, presque surnaturelle, même si souvent l’observateur attentif pourra déceler ça et là des indices de l’activité humaine. Ces signes ténus, fondus dans l’immensité du paysage, paraissent comme une tolérance de la part du photographe, certes, mais aussi de la part des éléments, comme pour mieux nous confronter à notre fragile et éphémère nature, comparée à celle, immémoriale, de roche et de la montagne.

 

D'après Nature©Jean Gaumy/Magnum Photo/Editions X.Barral

Etrange sentiment que de contempler ces images : nous sommes avec le photographe en pleine nature et pourtant (est-ce le noir et blanc, la nature même des images qui ne nous dit pas d’emblée si nous sommes dans le domaine de l’infiniment grand ou de l’infiniment petit) il en ressort comme une sensation de confinement, d’étouffement. Gaumy, rappelons-le, est un photographe des lieux clos : L’Hôpital, Editions Contrejour, 1976 ; Les Incarcérés, Editions de l’Etoile, 1986 ; Pleine Mer déjà cité ; Le Livre des Tempêtes, Le Seuil, 2001 et récemment aussi une campagne photographique à bord de sous-marins nucléaires (2008).

Se sentir confiné en pleine nature est tout aussi paradoxal que l’idée exprimée par André Breton dans L’Amour fou (Gallimard, 1937), elle-même reprenant le titre de la photo de Man Ray Explosante Fixe (1934). De fait, il m’est difficile de ne pas voir dans les paysages hallucinés de Gaumy une forme de surréalisme lointain. Cela dit, le terme évidemment est impropre, ne serait-ce qu’à cause de la présence du texte de René Daumal en fin de volume. On sait avec quelle classe et quel aplomb les membres du Grand Jeu ont repoussé les appels de Breton et refusé tout compromis intellectuel pour se dissoudre dans le  groupe surréaliste…

 

D'après Nature©Jean Gaumy/Magnum Photo/Editions X.Barral

Daumal meurt en 1944, avant d’achever Le Mont Analogue, publié en 1952 chez Gallimard. Ce Roman d'aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques, comme l’indique le sous-titre est un roman à clefs, avec de nombreux niveaux de compréhension. Mystique certes, il est dédié à Alexandre de Salzmann, lui-même disciple de Gurdjieff, dont l’enseignement a eu une influence majeure sur Daumal dès le début des années 30. Sans entrer dans les détails, disons que l’action se passe au pied et durant l’escalade d’une montagne de l’hémisphère sud qui serait le pendant de toutes celles de l’hémisphère nord et la montagne évoquée par chacune des grandes religions de l’Humanité. En d’autres termes, ce Mont Analogue est l’exemplum de la montagne.

 

D'après Nature©Jean Gaumy/Magnum Photo/Editions X.Barral

Je ne sais pas quelle charge symbolique Jean Gaumy accorde à la montagne piémontaise. Force est de constater que, comme le texte de Daumal, ses photos nous donnent à voir des richesses  soupçonnées pour mieux en préserver le mystère. Le plus important reste qu’à mon avis, D’après Nature est certainement l’un des meilleurs livres de photo et de photographe parus en 2010, rien de moins.

Signalons pour avoir un aperçu général de son travail la parution récente du Photopoche n°128 sur Jean Gaumy, chez Actes-Sud.

V. Puente, octobre 2010.